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Dans les eaux glacées du calcul égoïste – Tome 1 : le bal des matières de Lancelot Hamelin et Luca Erbetta

Paris, les années 1920. Le mouvement surréaliste embrase la capitale. Les noms d'André Breton, Cocteau ou Picasso fascinent autant les modernes qu’ils choquent les conservateurs. Leurs œuvres préoccupent sérieusement les pouvoirs en place qui les considèrent comme de dangereux manifestes révolutionnaires. Le dernier objet du scandale étant L'Âge d'or, un film écrit par Dali et Buñuel, tellement sulfureux qu’il circule clandestinement sous un faux-titre issu du Capital de Marx : « Dans les eaux glacées du calcul égoïste ». Victor, gueule cassée de la Première Guerre mondiale, est engagé par l’armée française pour infiltrer ce milieu et arrêter la troupe. En fréquentant ces artistes de l’intérieur, Victor va ainsi apprendre à mieux les connaître. Au risque de devenir, à son tour, fasciné par eux...

Pour son premier scénario de bande dessinée, le romancier Lancelot Hamelin nous plonge dans le Paris surréaliste du début du XXe siècle et les soirées enivrées des années folles. Un diptyque témoignant à la fois d’une grande érudition et d’une maîtrise narrative exemplaire, magistralement dessiné par le trait tout en volupté de Luca Erbetta.

Ce premier tome met les personnages en place. Ils se sont rencontrés lors d’un bal intitulé le bal des matières où Nathalie Paley, une jeune princesse russe immigrée, a une robe de papier pour être la « page blanche » de Jean Cocteau par exemple et coller au thème. Tout est prétexte à illustrer le mouvement surréaliste chez Marie-Laure de Noailles. Les invités sont des artistes, des juifs, des homosexuels, des originaux, « Tout ce qu’il y a de crevés, de ratés, de tatas, de marlous et de mites dans Paris » selon Victor qui est rentré des combats avec la « gueule cassée ». C’est le narrateur de l’histoire et l’on sait dès la première page que son destin a été transformé par l’amour d’une femme.

L’intrigue tourne aussi autour de Luis Bunuel et Salvador Dali qui veulent faire un film encore plus surréaliste que Le chien andalou. Ce sera surtout développé lors du deuxième tome si j’en juge les dernières pages de celui-ci. Les illustrations mettent bien dans l’ambiance, les décors et les costumes sont bien dans l’époque, l’exubérance des années folles, la décadence. L’alcool et la drogue coulent à flot, mais ça semble normal, logique. J’ai bien aimé cette plongée asphyxiante et attends avec impatience de connaître comment Victor déchoit, car la chute est proche, ça se sent.

Éditeur : Glénat - Collection : 1000 feuilles – Genre : Histoire – Scénario : Lancelot Hamelin – Dessin : Luca Erbetta – Date de parution : 7 mars 2018 – 112 pages - Prix : 17,50 €

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