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Nightcall réalisé par Dan Gilroy

Lou Bloom est journaliste travaillant dans les bas-fonds de Los Angeles. En écoutant les fréquences radios de la police, il parcourt les rues de nuit afin de trouver des images choc qu'il revend ensuite à des chaînes de télévision locales.

Poisseux, fascinant et repoussant. Tel se montre Jake Gyllenhaal dans ce film qui nous plonge dans une nuit cathodique perverse et pourtant proche de nous. Miroir fantômatique de nos propres pulsions, Lou Bloom n'est guère sympathique. Parfois, on aimerait même voir l'acteur fendiller la coquille, montrer son humanité derrière un personnage que tout nous porte à détester, mais à détester en nuances progressives, comme une noyade au ralenti.
Bien filmé, bien écrit et prenant, Nightcall a tout pour rappeler Drive, succès à base de beau gosse truandeur plus que truandé, de néons et de belles voitures. Mais là où le héros de Drive nous conduisait à travers les méandres plus ou moins positifs de l'être humain, Lou Bloom pourrait quasiment entamer Highway to Hell que cela ne surprendrait guère. Une performance que l'on aime détester.

Si la presse parle beaucoup de la perte de poids et de l'entraînement mené par Jake Gyllenhaal pour préparer son rôle (on parle souvent de près de 10 kilos et d'une diète forcée), fort est à parier que sa prestation fera elle aussi couleur beaucoup d'encre. 
Visqueuse, froide et calculatrice, son aura ne laisse pas de marbre.

A ses côtés, on retrouve Bill Paxton (Titanic, True Lies...)  Rene Russo (Freyja dans Thor) ou encore Riz Ahmed, le héros tragi-comique de l'excellent We are 4 Lions) dans l'attachant rôle de Rick. Tous incarnent des oiseaux nocturnes qui volettent difficilement autour de Lou Bloom, comme mazoutés par la saleté des images sanglantes qu'ils multiplient. Peu à peu, ils se perdent dans les reflets des feux de circulations et des limites morales pour nous dévoiler les intérêts humains jusque dans leurs erreurs les plus logiques.

Scénariste de The Fall, Dan Gilroy signe ici son premier long-métrage en tant que réalisateur. Le traitement de l'image et du son sont pour leur part immersifs, sobres et entourent les péripéties du poil d'inventivité requis pour donner une impression de réel, de proximité avec l'ambiance malsaine qui s'instaure peu à peu. Il est possible de vivre le film comme au travers d'une caméra de paparazzi ou bien un quidam juge, ni policier ni victime, mais toujours au plus près de ce qui gêne, de ce que l'on souhaiterait ne pas regarder mais qu'on visionne quand même. Quelle est la "bonne" distance ?

Les questions s'installent, multiples. Sans dénoncer avec force, le film permet de s'interroger sur ce qu'on choisit de voir, d'apprendre, de tolérer. Que souhaite t-on regarder au petit déjeuner ? Jusqu'où peut-on monnayer la mort et que cela soit considéré comme normal ? Qui forme la demande pour de telles images, un tel voyeurisme ? Quelles parts de nous s'éveillent en Lou ?
Au carrefour d'interrogations qui rappellent les critiques face à la télé-réalité - toujours plus extrême, Nightcall frappe à la fois la cible artistique et réflexive. Contemporain, balisé et ouvert à la fois, il propose en une nuit de quelques heures un condensé de nos paradoxes médiatiques. A voir pour l'exemple, pour être dégoûté(e) et donc ne l'apprécier que plus. Si les antihéros vous révulsent, passez votre chemin : Nightcall n'oeuvre pas dans l'ombre pour soutenir le business de l'espoir...

On regrettera également la "traduction" Française du titre original, signifiant littéralement "le rampant/rôdeur de nuit" qui est ici remplacé par ce qui fut aussi la chanson phare de la bande originale de Drive. Produit par les mêmes personnes et vendu comme un "Drive 2", Nightcall saura t-il plaire pour ses propres atouts ?

Pour un avant goût, rendez-vous sur le site qui présente une bande-annonce interactive des plus originales : www.nightcrawlerfilm.com.

Nightcall réalisé par Dan Gilroy obtient 5 nominations aux Spirit Awards : Meilleur Acteur, Meilleur Premier Film, Meilleur Scénario, Meilleur Second Rôle et Meilleur Montage. Les Independent Spirit Awards préfigurent souvent les récompenses décernées aux Oscar.

Titre original : Nightcrawler - Genre : thriller - Nationalité : Américaine - Durée : 1h57 - Avec Jake Gyllenhaal, Bill Paxton, Rene Russo et Riz Ahmed - Date de sortie : 26 novembre 2014.

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