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Algues vertes, l’histoire interdite de Inès Léraud, Pierre Van Hove et Mathilda

Des échantillons qui disparaissent dans les laboratoires, des corps enterrés avant d'être autopsiés, des jeux d'influence, des pressions et un silence de plomb. L'intrigue a pour décor le littoral breton et elle se joue depuis des dizaines d'années. Inès Léraud et Pierre van Hove proposent une enquête sans précédent, faisant intervenir lanceurs d'alerte, scientifiques, agriculteurs et politiques.

Un sujet d’actualité toujours brûlante : la Bretagne et les algues vertes. Il y a encore quelques jours le problème a refait surface avec une prolifération encore accrue du fait des conditions climatiques de cet été très chaud.
Il y a dix ans, en 2009, un cavalier se promène sur une plage bretonne avec son cheval. Il fait beau, le sable est blanc, le ciel bleu. Oui, mais un piège mortel est à l’oeuvre. Des algues vertes se sont échouées sur la plage. Non ramassées, elles ont séché et pris la même couleur que le sable. Mais sous la surface sur une profondeur pouvant atteindre 1,50 m, voire plus, la décomposition est toujours à l’oeuvre, produisant un gaz hautement toxique. Le cavalier s’engage sur ce qu’il croit être du sable, s’enfonce dans les algues qui dégagent de l’hydrogène sulfuré, reconnaissable à son odeur d’oeuf pourri et, libéré à haute dose, mortel aussi rapidement que du cyanure. Le cheval meurt, le cavalier sera sauvé par des ramasseurs d’algues présents sur place et transporté aux urgences de Lannion. Tout le monde croit à un malaise sauf un médecin hospitalier qui a déjà été confronté au même problème en 1989 et en 1999. Toujours au même endroit, à St Michel en Grève, là où la baie très vaste permet une concentration élevée d’algues vertes.
Ainsi commence l’enquête qu’a menée pendant 3 ans la journaliste et documentariste Inès Leraud. Pour mener à bien ses investigations, elle s’installe en Bretagne, se fond dans la population, devient une des leurs et réussit à ébrécher une partie de l’omerta qui règne toujours en Bretagne aujourd’hui.
Le sujet est particulièrement politique et polémique en Bretagne. D’un côté l’agriculture et l’élevages intensifs, garants d’une économie prospère, de l’autre le tourisme mis à mal par les plages polluées et éminemment dangereuses, et second poumon économique de la région. Sans compter que le risque n’est pas seulement esthétique, mais surtout potentiellement mortel. Plusieurs décès humains et de nombreux décès d’animaux en sont le témoin.
Plutôt que de s’attaquer de front au problème, protégé par les lobbys, en interdisant l’utilisation des nitrates, les autorités cherchent plutôt à traiter les conséquences en mettant en oeuvre un rammassage des algues. Mais des années comme 2019, la prolifération est telle que les usines de traitement sont saturées, le ramassage ne peut plus être réalisé et les plages doivent être fermées, malgré la pression touristique.
Sur 160 pages, la journaliste mène une enquête choc rigoureuse. Le roman graphique est séquencé avec la précision et la forme d’un documentaire, ce qui le rend d’autant plus percutant.
Les dessins de Pierre Van Hove, simples et efficaces, sont superbement colorisés par Mathilda dans des tons verdâtres qui soulignent le côté nauséabond à la fois du sujet et des algues.

esUn album à lire pour s’informer, comme on regarderait un documentaire. Après sa lecture, c’est sûr, vous ne mangerez plus du porc breton « intensif », et vous ne verrez plus les plages bretonnes de la même façon.

Editeur : Delcourt / La revue dessinée – Scénario : Inès Léraud – Dessin : Pierre Van Hove – Couleurs : Mathilda - Date de parution : 12 juin 2019 – 160 pages – Prix : 19,99 €

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