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Give peace a chance, de Marcelino Truong

 

Marcelino Truong a six ans quand ses parents quittent le Vietnam où, depuis 1961, la présence américaine n’a cessé de s’intensifier. Après cette période chaotique, brillamment racontée dans Une si jolie petite guerre, sa famille s’installe à Londres. Pour Marco, son frère et ses deux sœurs, c’est la découverte d’un monde en pleine ébullition : le Swinging London des Sixties. Une jeunesse au son d’une musique nouvelle, celle des Beatles, des Stones et de Jimi Hendrix. Jeunesse paradoxale, partagée entre l’hédonisme pacifiste qui culmine à Woodstock et l’attachement à un Vietnam martyr. Entre la guerre civile et les fêtes dans les belles town houses. Entre le bruit terrifiant des bombardiers et celui, électrisant, des guitares.

 

Marcelino Truong mélange dans cet album chronique familiale et grande Histoire. Ce mélange se ressent tant dans ce qu’il raconte – le récit intimiste d’une famille et la guerre du Viêt Nam – que dans les techniques utilisées : dessin, photos d’archives, photos de famille, tracs politiques ou reprises de célèbres clichés de l’époque. Cette diversité de supports est très réussie et plonge le lecteur dans l’ambiance. Toutefois, l’auteur garde une distance permanente, redoutant peut-être de se laisser submerger par l’émotion, mais qui maintient aussi le lecteur à distance. On aurait probablement aimé que Marcelino Truong se dévoile plus, s’implique plus dans cette chronique du XX° siècle, qui éclaire d’un regard neuf une période que l’on croit bien connaître. Dans l’imaginaire d’aujourd’hui, la guerre du Viet Nam, ce sont les gentils Vietnamiens contre les méchants Américains. Sans doute la réalité fût-elle plus nuancée, et Truong raconte bien cette ambivalence, à travers l’histoire d’une famille plutôt bourgeoise, qui a fréquenté les plus hautes sphères du pouvoir, avant de « déchoir » socialement. Le père voit son monde s’effondrer, alors qu’il s’angoisse pour ses parents qui vivent toujours en Asie, tandis que la mère, fragilisée déjà par la Seconde Guerre mondiale, glisse doucement dans une dépression sévère. Son frère se laissera tenter par l’usage permissif des drogues l’envoûtement du chemin de Katmandou, dont il ne reviendra pas. Ces personnages (personnes) sont marquants, mais le jeune Marco, auquel on aimerait s’identifier, reste trop secret, trop distant pour cela.
La réussite graphique est indéniable, le contenu passionnant en ce qu’il éclaire une partie finalement peu connue de l’histoire du XX° siècle, mais la distance que choisit d’instaurer Marcelino Truong empêche sans doute l’émotion de s’exprimer pleinement.

 

Éditeur : Denöel – Collection : Denöel Graphic – 276 pages – Parution le 13 novembre 2015 – 21 €

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