Copyright 2019 - Site by Misterdan

Doigts d’honneur de Bast et Ferenc

Juin 2013, au Caire. Deux ans après la chute de Moubarak, l’Egypte redescend dans la rue pour demander le départ de Mohamed Morsi, président récemment élu. 

Au cœur d’une Egypte en reconstruction, où l’honneur est dans toutes les bouches, les femmes tentent de se frayer un chemin vers leurs droits les plus élémentaires... Un livre qui met les pieds dans le plat et dénonce la situation des femmes en Egypte, au cœur d’une révolution qu’on aurait imaginée exemplaire.

Toute entière tournée vers ses études, et lassée d’une révolution qui dure et ne finit pas, Layla se laisse pourtant entraîner par un ami vers la Place Tahir où va se jouer l’avenir de l’Egypte pendant quelques jours au printemps 2013. Elle est alors emportée par le vent de liberté qui souffle, et par la joie de tous ces hommes et femmes réunis pour chanter leur révolution. Mais le comportement et la mentalité des hommes en Egypte n’a pas encore évolué : ces jeunes femmes qui défilent librement avec les hommes sur la Place Tahir, ou celles qui font leur travail de journalistes, vont en payer cruellement le prix. Comme Layla, elles vont être agressées, violées, sans personne pour les défendre. Et quand elles veulent porter plainte, elles se font refouler par une police au service des hommes, qui pense que ce qui leur est arrivé est dû à leur comportement provocateur et anti religieux, alors que ce n’est absolument pas le cas. Pourtant, aidées par des organisations de lutte contre le sexisme, elles vont, à l’instar de Leyla, entamer une longue procédure pour que leur soit reconnu le statut de victime, et non celui de provocatrices, et que les coupables soient reconnus comme tels, arrêtés et jugés.

Cet album est un vrai coup de poing, il met en bulles les évènements dont on a tous et toutes entendu parler, principalement car cela a aussi touché des journalistes étrangères : ces femmes agressées sur la Place Tahir en marge du printemps arabe en Egypte.
Le dessin est en noir et blanc, enfin pas tout à fait : un élément des vêtements des femmes qui ont eu à subir des agressions est colorisé en vert, ou en rouge et les secours ont des tee-shirts jaunes. Cela donne une Bd étrange où ces touches de couleur qui devraient symboliser la couleur du printemps arabe, deviennent le symbole d’une Egypte toujours en proie à ses vieux démons. Le vent de liberté qui a soufflé sur le pays n’a pas réussi à faire évoluer la condition des femmes, laissées pour compte de la révolution. L’album met en lumière un pays où comportement machiste, patriarcal, sous tendu par une religion omni présente, et interprétée au seul profit des hommes, est la règle. Le chemin est encore long pour les femmes égyptiennes ...

C’est un album à lire pour comprendre des faits de société et soutenir la cause des femmes, d’ailleurs cet album est soutenu par Amnesty International.

Editeur : La Boite à Bulles – Collection Contrecoeur – Scénario Ferenc – Dessin Bast – Date de parution : 06 janvier 2016 - 112 pages – Prix : 16 €

f t g m