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Yragaël – Urm le fou de Philippe Druillet et Michel Demuth

Avant-gardiste de la bande dessinée de SF avec Métal Hurlant et, entre autres, les aventures de Lone Sloane, Philippe Druillet n’a jamais caché son attrait pour un autre genre majeur de la littérature populaire : l’heroic fantasy. Yragaël et sa suite, Urm le fou, sont là pour en attester. Ces deux fresques baroques, dignes de Dante et de sa Divine Comédie, nous embarquent dans une série de tableaux bourdonnants, à la puissance épique et mythologique. Plus que la magie, les elfes et les dragons, Druillet y convoque la mort, la folie et la destruction. Bref, comme toujours chez lui, on est bien loin des stéréotypes du genre.
Dans le cadre de la remise en avant de l’œuvre de Druillet opérée par les éditions Glénat depuis quelques années, redécouvrez ces deux œuvres fascinantes du maître pour la première fois réunies dans une intégrale de qualité.

Toute la première partie est l’introduction à l’univers et est résumée par une page d’histoire pour introduire le personnage principal et le passé de ce monde. On continue sur le combat d’Yragaël, et son alliance avec la cité. Puis vient l’histoire d’Urm, son enfant, surnommé Urm le fou, tandis qu’il part à la poursuite de son passé et de son royaume.

Au début, l’alternance des planches présentées verticalement et horizontalement est assez perturbante. On en vient à se demander le sens de celles où il n’y a pas de mots. L’introduction du monde dans lequel évolue Yragaël n’est pas plus claire, tandis qu’on ne comprend pas tous les termes, d’autant que la police d’écriture, bien qu’ayant un rendu très joli, rend certains mots illisibles. Même quand on finit par nous introduire le personnage principal, on ne réussit pas plus à démêler les informations. Toute cette première partie a été, à mes yeux, incompréhensible, mais surement liée au passé d’Yragaël et du monde.
Heureusement nous sommes enfin un peu plus éclairés lors du résumé qui nous conduit à des cases qui se succèdent de façon plus logique. Cependant, la compréhension n’est pas plus aisée, tandis que la police d’écriture reste la même et que l’espacement entre les mots et entre les lignes rend la lecture ardue. De plus, le parti est pris de ne pas se baser uniquement sur des images, une partie écrite comme dans un roman est conservée, tranchant avec ce qu’on a l’habitude de voir dans les BD. Je dirais que cela dessert l’intrigue, tandis que cela fait toujours plus de texte à déchiffrer. Les paroles, une fois comprises, restent sibyllines.
Dans la première partie sur Yragaël, les dessins sont assez peu compréhensibles et, bien qu’ils soient en couleur, jouent beaucoup sur l’ombre et le sombre. Il est difficile de savoir si on est toujours dans la même pièce qu’avant, ou qui parle. Rien ne vient éclairer le lecteur qui se retrouve propulsé de page en page sans point de repère.

La partie d’Urm le fou est plus facile à suivre, mais à peine plus lisible. Les dessins sont plus compréhensibles, mais on doit souvent lutter pour lire, même si certains passages sont tout à fait clairs.
L’ambiance de cette BD est pesante et tend à donner une impression de malaise. Les dessins sont très beaux et vont au-delà de la représentation des personnages et des lieux. Les contours des cases et les passages d’un endroit à un autre sont embellis graphiquement.
Cela ne suffit pas cependant à offrir au lecteur autre chose que d’être spectateur sans pouvoir comprendre ce qui se joue sous ses yeux.

Editeur : Glénat – Collection : Caractère – Scénario et dessin : Philippe Druillet et Michel Demuth – Date de parution : 30 novembre 2016 – 128 pages – Prix : 24,50 €

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