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La Pluie des Corps de Florian Quittard et Anaïs Bernabé

Un jour d'automne sans vie, ni soleil, une pluie d'hommes nus troue les nuages et s'abat comme une malédiction sur un village isolé.
Anne et Paul habitent une petite maison délabrée, au sommet d’une colline surplombant un village isolé. Lui est malade, elle s’occupe de lui. Un après-midi d’automne comme les autres, tous deux attendent sur le porche de leur maison que le temps passe, que quelque chose se passe. Et justement, ce jour-là, quelque chose d’extraordinaire se passe lorsqu’une pluie d’hommes nus troue le plafond nuageux et s’abat sur le village.

Tout commence dans un village sans histoire, un jour comme les autres, tout du moins en apparence. Alors que tout le monde suit sa vie, une pluie soudaine et inattendue survient. Elle est d’autant plus étrange que ce n’est pas des gouttes d’eau qui tombent, mais des hommes. On suit un couple normal, vivant en retrait du reste des habitants et ne se mêlant que pour récupérer des médicaments pour Paul. Sauf que les choses ne sont pas si simples, aucun d’eux ne travaille plus, depuis que le mari est malade et qu’Anne s’occupe de lui, vivant aux crochets de la ville. Cette pluie va leur donner une utilité, ils seront des gardiens de cimetière.
Tous veulent laisser cet évènement derrière eux, mais Anne ne peut pas. Elle ne peut pas laisser ces pauvres hommes sans sépulture décente et c’est n’est au gout de personne. Ils deviennent alors des parias et sont enfermés derrière une clôture, au milieu de leur cimetière.
Cette aventure va séparer le couple, les laissant comme de chaque côté d’un mur, invisible celui-là. Entre incompréhension et colère, les deux vont devoir se réapprivoiser avant la fin.

Le monde qui nous est offert par Florian sous le dessin d’Anaïs est magnifique. Au-delà du réel, le lecteur voit apparaître une touche de fantastique, une goutte qui s’étend doucement pour former un dessin, d’abord incompréhensible. Petit à petit, la vraie illustration se révèle et on comprend que tout est destiné et que le cycle touche à sa fin.
Face à ces choses surnaturelles, chaque personne fait face comme n’importe lequel d’entre nous pourrait réagir. Certains nient les faits, d’autres les ignorent simplement, plusieurs sont en colère et il y a celle qui s’y plonge corps et âme... au risque de s’y perdre ? En tout cas, plus elle se lie à ces phénomènes, plus le lien avec son époux se distend. Un autre lien qui se distend c’est celui entre la petite maison et le village. Tandis que la vie du couple se fait normalement et sans problème, au village, les hommes disparaissent un à un et le lecteur peut commencer à comprendre le schéma.
Au-delà de ces étrangetés, c’est le comportement d’Anne qui est des plus insolites. Après avoir pris soin des morts, la voilà qui s’extasie devant les plantes qui sortent des tombes. Elle en prend soin, contre l’avis de Paul, allant même jusqu’à en manger les fruits et changeant. Qu’est-il advenu d’elle en mangeant ?
Pour finir cette BD, le lecteur découvre les échanges entre le scénariste et la dessinatrice. Il peut voir l’évolution derrière les pages, la rencontre entre deux genres, entre deux personnes et univers qu’un simple possible a rassemblés pour offrir un nouvel univers, haut en couleur.

Il est bien difficile de décrire exactement ce que cette BD fait ressentir, c’est comme plonger dans un monde parallèle. La chute se fait tellement doucement qu’on ne se rend compte qu’on est dedans qu’une fois totalement hors d’atteinte de la surface. Le lecteur évolue en même temps que les personnages et est quelque part plus proche de Paul que d’Anne, dans ce huis clos inquiétant.
Puis, doucement tout s’éclaire, comme une lueur au bout du tunnel, et les réponses viennent, comme une évidence. Pourtant, même si l’acceptation arrive, l’explication reste floue et ne nous offre qu’une solution partielle. C’est alors au lecteur de choisir sa vérité. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler.

La Pluie des Corps est une œuvre magnifique à lire et relire, pour approfondir sa compréhension et s’offrir sa propre réponse.

Éditeur : Sandawe – Collection : BD – Scénario : Florian Quittard – Dessin et couleur : Anaïs Bernabé – Date de parution : 1 février 2017 – 96 pages – Prix : 20 €

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