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Shangri-La de Mathieu Bablet

Ce qu'il reste de l'humanité vit à bord d'une station spatiale dirigée par une multinationale à laquelle est voué un véritable culte. Les hommes mettent en place un programme pour coloniser Shangri-La, la région la plus hospitalière de Titan, afin de réécrire la genèse à leur manière. Le héros quant à lui est chargé d’enquêter sur de mystérieuses explosions dans certaines stations-laboratoires qui étudient justement ce processus de création de la vie "à partir de rien".

Shangri-La est totalement d’actualité. Elle répond à la problématique : comment survivre alors que la Terre est devenue mortelle pour les humains ? Au-delà du simple exode nécessaire vers l’espace, elle propose une multitude de points de réflexion. Dans un vaisseau spatial, les Hommes se sont retranchés derrière une seule entreprise qui a le monopole de tout : biens, main-d’œuvre, politique... Il n’y a plus ni religion, ni système politique, juste une seule direction et un seul mouvement à suivre. Le seul espoir de retrouver une terre hospitalière est la terraformation de Titan. Seulement, ce n’est peut-être pas la vraie volonté des dirigeants...

La BD nous propose une société totalement lisse, selon le modèle : dodo, métro, boulot, achat et on recommence. Après tout, la société fait en sorte de ne pas reproduire les problèmes présents sur Terre. L’Humanité, ainsi dirigée, ne cherche plus à s’entre-tuer, à se disputer des rations de nourriture ou de pouvoir, elle va dans un seul sens, et les hommes tombent dans un sommeil bienheureux. C’est une chose à laquelle on aspirerait, mais sans avoir cette impression de ne plus être que des pantins, des marionnettes sans cervelle et sans véritable avenir.
D’ailleurs ce n’est pas qu’une impression, beaucoup des habitants tendent à se défaire de l’impérialisme de l’entreprise. Ils veulent vivre vraiment et non pas simplement survivre pour servir des gens dont les idées ne leur correspondent pas. Encore une fois, il est tellement facile de se mettre à leur place que la BD nous entraîne en son sein sans difficulté, une fois que le lecteur a trouvé ses marques dans ce nouveau monde.
Au milieu de tout ça, on découvre un homme lambda, travaillant pour l’entreprise sans se poser de questions, sans remettre en question le système et y participant, jusqu’à... Après tout, comme pour toute chose, il y a toujours un élément déclencheur. De simple soldat sans cervelle, il passera à électron libre, oscillant entre différentes positions. Il remettra d’abord en question ses ordres, pour ensuite devenir un rebelle, tentant de mettre à terre les dirigeants, pour finalement, simplement aspirer à la paix intérieure et à une vie Libre. Après tout, même les «terroristes» ne veulent pas la liberté des hommes, simplement une autre manière de vivre et quelque part atteindre le pouvoir.
Tout est sans cesse remis en question, tandis que le héros est balloté entre ses propres idéaux et ce que la société ou les autres veulent de lui, entraînant le lecteur. Au milieu d’une immense machination, contrairement à ce qu’il pense, il est totalement manipulé, du début à la fin. Le bonheur et le succès dans tout ça ne sont que des chimères qui se désagrègent quand on pense les toucher. Ne reste alors qu’un brin d’espoir. Cependant, si l’histoire de Pandore nous a appris une chose, c’est que l’espoir est un des maux de l’humanité. Ainsi il ne faut pas trop se reposer dessus.

Les planches sont souvent monochromes. Nous avons droit à toute une déclinaison de teinte, dans le bleu ou l’ocre. Seuls les départs dans l’espace nous offrent une nouvelle palette, comme pour appuyer l’absence d’amusement ou le fait que le monde de la station est fermé. D’ailleurs, le bleu n’arrive qu’à partir du moment où le doute commence à se faire sentir et à s’installer chez notre héros. L’espace vient s’insinuer dans la station hermétique, jusqu’à ce qu’elle explose. A partir de là, les autres couleurs recommencent à être utilisées, il est seulement dommage que cela soit pour représenter une nouvelle explosion de l’esprit destructeur de l’homme.

Finalement la libération se fait dans le sang et la violence, mais pour quoi ? Vous le découvrirez en lisant Shangri-La.

Éditeur : Ankama - Collection : Label 619 - Scénario, dessin et couleur : Mathieu Bablet - Date de parution : 02 septembre 2016 - 220 pages - Prix : 19,90 €.

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