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La route de Tibilissi de David Chauvel et Alex Kosakowski

Jake et Oto viennent de voir leurs parents se faire assassiner sous leurs yeux par des miliciens masqués. Les derniers mots de leur père : "Allez à Tibilissi !". Pour se préparer, ils repassent par leur village dévasté pour y récupérer des vivres. Là, le cadet retrouve ses deux amis Doubie et Trois-Trois, une drôle de bestiole à fourrure et un robot rafistolé qui vont les accompagner tout au long de leur dangereux voyage…

La couverture ne me semblait pas engageante, trop austère et semblant ne laisser présager qu’une traversée de la forêt enneigée, une aventure où mille dangers attendaient ces enfants. Puis le premier chapitre, qui retrace l’assassinat sous les yeux de leurs enfants du père et de la mère de Jake et Oto fût un choc : la crudité des illustrations, le sang dans la neige, l’absurdité de cette mise à mort alors qu’ils sont en train de fuir m’ont plongé dans cette histoire. Il y a du suspens, beaucoup de péripéties, ce n’est pas un récit mièvre à la happy-end évidente, et l’on ne peut qu’avoir de l’empathie pour ces gentils enfants qui ne veulent qu’obéir aux derniers ordres paternels, en allant à Tibilissi…

Le monde de l’enfance qui semblait avoir disparu fait d’infimes apparitions qui sont de vraies bouffées d’oxygène dans l’austérité de cette guerre, de petites bulles de poésie. Le fait que le récit se focalise sur ce que vivent Jake et Oto permet à l’auteur de montrer l’absurdité d’un conflit qui ne les touche pas, ils ne font qu’en subir les conséquences au gré des morts qui s’amoncellent. On ne sait ni qui il faut affronter ni pourquoi, la seule issue reste la fuite. On s’attache à ces aventuriers malgré eux, et l’héroïsme d’Oto est particulièrement bien décrit, ça lui est tombé dessus, presque par hasard, le hasard des circonstances historiques.

L’issue de cette épopée est magistrale, elle met une nouvelle lumière sur ce récit relaté par des enfants. D’ailleurs même les couleurs qui intègrent le jaune et l’ocre au gris ambiant, marquent le changement. C’est un paroxysme auquel je ne m’attendais pas, et une très bonne surprise. Pour moi, la BD n’est pas à conseiller pour les enfants, car elle est quelque peu violente.

Éditeur : Delcourt - Collection : Terres de Légendes – Scénario : David Chauvel – Dessin : Alex Kosakowski – Date de parution : 11 avril 2018 – 176 pages - Prix : 22,95 €

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