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Les hommages au 26e Festival du Film Fantastique de Gérardmer (2019)

La 26e édition du Festival du Film Fantastique de Gérardmer rend hommage, en leurs présences, à ...

Udo Kier

Quel que soit l'angle sous lequel on tente d'embrasser la carrière de Udo Kier, on est saisi de vertige. À la fois par la profusion de films dans lesquels il a tourné (plus de 260), mais aussi par la générosité du comédien à se fondre dans les univers, souvent aux antipodes les uns des autres, des cinéastes qui ont fait appel à ses talents. Découvert en 1966 dans un film de Michael Sarne, La Route de Saint-Tropez, le jeune Allemand venu apprendre l'Anglais en Grande-Bretagne découvre le monde du cinéma dont, à 24 ans, il ignore à peu près tout. Avec curiosité, il enchaîne les rôles jusqu'à un premier succès, La Marque du Diable de Michael Armstrong, en 1970, première incursion dans l'épouvante et l'horreur.

Le film, pionnier du gore (la campagne de promotion garantissait aux spectateurs de les rendre malades), fait scandale et propulse Udo Kier au rang de jeune premier sulfureux. Son regard bleu vert, inspirant à sa guise dangerosité ou vulnérabilité, fait merveille auprès de Paul Morrissey qui l'embarque dans la double aventure Chair pour Frankenstein et Du Sang pour Dracula, en 1973. Suivent d'autres grands moments du fantastique. Udo Kier est aussi, à la même époque, un pilier des nouveaux cinémas Européens. On le retrouve chez le Hongrois Miklós Jancsó, Werner Shroeter mais surtout chez un ami d'adolescence devenu chef de file de la nouvelle vague Allemande, Rainer Werner Fassbinder. Fassbinder ne sera pas l'unique réalisateur fétiche d'Udo Kier. Parmi les fidèles, Christoph Schlingensief, autre enfant terrible du cinéma et du théâtre allemand, mort prématurément en 2010 ainsi que Lars Von Trier qui l'invite dans pratiquement tous ses films ou encore Gus Van Sant et Rob Zombie. Selon Udo Kier lui-même, sa filmographie compte une cinquantaine de très bons films. C’est sans doute vrai mais il est aussi possible de retenir le fabuleux parcours, sans doute unique, d’un acteur hors normes qui, de l'underground aux blockbusters, du cinéma d'exploitation à l'avant-garde, a vécu et marqué de l'intérieur tout le cinéma de son époque.

Eli Roth

L'œuvre d'Eli Roth est l'une des plus passionnantes du cinéma Américain contemporain. D'abord parce qu'elle a l'élégance de se cacher derrière ce qu’il est convenu d’appeler les conventions du genre, ensuite, et surtout, paradoxalement donc, parce qu’elle ne semble pas attacher plus d'importance que cela à l'impératif du frisson cinématographique du samedi soir. Eli Roth est né à Boston, en 1972. Il réalise, dès l'enfance, des petits films en super huit marqués par son goût pour le cinéma de terreur. Après des études de cinéma à l’université de New-York, il réalise quelques courts métrages d’animation, témoignant de sa passion pour les classiques de l’épouvante. Il occupe plusieurs métiers dans l’industrie du cinéma avant de réussir à faire financer son premier projet.

Cabin Fever, son premier long-métrage, tourné en 2002 avec un budget minuscule, s'amusait avec les règles du slasher en remplaçant le tueur maniaque, massacrant méthodiquement le casting, par un virus redoutable. Cette trouvaille décentrait l'attention du spectateur sur des personnages mus par l'égoïsme et la phobie de l'autre. La maladie infectieuse se voyait affectée d’une signification métaphorique limpide.

C'est avec ses deux films suivants qu'Eli Roth allait provoquer une déflagration dans le paysage du film d’horreur moderne. Hostel (2005) et Hostel - Chapitre II (2007) ne sont pas des titres supplémentaires et indifférenciés d'un cinéma d'épouvante de consommation courante, pas non plus une variation opportuniste sur la mode du torture porn et de ses variantes. Ce sont d'impitoyables fables morales, cruelles et subtiles à la fois, sur le devenir d'un individu à qui le monde moderne et sa technologie semblent promettre la satisfaction de tous les désirs. En imaginant un lieu où la mise à mort est devenue une possibilité touristique comme une autre, le diptyque Hostel dévoile l'horreur d'une réalité où le prédateur, stimulé par ce qu'il croit être sa supériorité culturelle, trouvera toujours plus prédateur que lui. L'ethnocentrisme de l'Amérique, qui ne voit dans le monde extérieur qu'un terrain de chasse et un lieu érotique ou inquiétant, fait l'objet d'une critique impitoyable et sarcastique en même temps. Cette capacité de transformer ce qui est l'autre en un cliché instantané, en objet de désir ou de terreur exotique explique également, sans doute, le projet de The Green Inferno en 2013 pastiche de film d'exploitation qui pousse à un haut degré d'incandescence cette vision impitoyable, dans un fabuleux éclat de rire. Eli Roth est un trouble-fête du cinéma contemporain, un garnement qui s'amuse à gâcher l'ambiance avec jubilation pour révéler son obscénité, la fadeur atroce du rêve petit bourgeois de l'Américain moyen.

C'est dans Knocl Knock (2015) que s'affirme le plus ouvertement la volonté iconoclaste de se livrer à un véritable jeu de massacre. Fonctionnant sur la hantise de l'invasion d'un espace domestique par des intrus mal intentionnés (d'une certaine façon c'est l'inverse de la structure des Hostel qui montraient la manière dont les Etats-Unis s'imaginent des droits sur le reste du monde), le film tournait à la comédie noire. Saccages, détournements obscènes et destruction littérale du décor d'une existence marquée par le narcissisme tout autant que par une culpabilité sourde, caractérisent ce brûlot filmique. Avec Eli Roth, le cinéma d'horreur devient un précis de théorie politique sauvage.

f t g m