Copyright 2019 - Site by Misterdan

Un Chemin de Fleurs et d'Epines écrit par Marc Veyrat

« Il ne sera jamais cuisinier ! » a dit le directeur de l'école hôtelière de Bellegarde au père de Marc Veyrat, avant de renvoyer l'élève rebelle dans ses montagnes. Ça tombait bien, Marc n'a jamais voulu s'éloigner de cette Savoie qu'il adore et dont il porte fièrement la croix. Et sous le chapeau de feutre noir de son grand-père qu'il n'a jamais quitté, il a réinventé la cuisine et remis au goût du jour les saveurs de la terre. Avec une obstination que les pires coups durs n'ont pas réussi à dompter.

Une vie rugueuse mais pleine de bonheurs dès le départ. Dans la ferme de ses parents, on travaillait trop dur pour avoir le temps de chanter des berceuses. Mais aller cueillir tous ensemble des myrtilles pour faire de la confiture était une joie, et recevoir un simple bol de soupe pour Noël, une leçon : l'important, c'est de se nourrir des bienfaits de la nature.

La montagne est rude ; l'univers de la cuisine, lui, est violent, surtout quand on veut y gagner des étoiles. Bien sûr, il y a la poésie de la création, tous ces bouquets d'oxalis ou de reines-des-prés, ces saveurs de pin qu'il invente pour accommoder une truite : ce chef inspiré est né avec une cuiller aromatique dans la bouche. Mais il y a aussi le "coup de feu" du service, les colères homériques du chef Veyrat pour une carotte mal râpée, le cadre à soigner voire à construire soi-même pour évoluer vers un ciel "étoilé", les investissements nécessaires mais parfois scabreux (il flaire mieux les herbes sauvages que les promoteurs véreux), la bagarre contre les banques, le fisc, ou l'Administration qui lui inflige, par exemple, 100 000 euros d'amende pour avoir abattu des épicéas ravagés par les bostryches, donc déjà condamnés à mort... Mais bon...

En 2006, Marc Veyrat est reconnu comme l'un des chefs les plus novateurs de son temps. Il obtient même un 20 sur 20 au Gault et Millau. Du jamais-vu, c'est trop beau : un accident de ski le brise et le condamne pour cinq ans au fauteuil roulant. Quand il s'en sort, il a réfléchi et décide de revenir aux sources. À Manigod, son village natal, il crée La Maison des Bois, qui brûle à peine achevée, mais renaît aujourd'hui de ses cendres. Un endroit magique au milieu des alpages, où l'on se restaure en regardant paître les animaux de la ferme, avant d'aller visiter la chapelle, dont les treize oratoires sont organisés comme un jardin botanique.

Marc Veyrat est sans aucun doute un grand cuisinier, un travailleur acharné, un homme à part : de ceux qu'on adore ou qu'on déteste mais qui ne manque pas de génie. Loin de là. J'avais toujours rêvé de goûté sa gastronomie. À la sortie de ce livre en varil 2017, c'était chose faite (critique de sa première adresse Parisienne). Et de fait, sa cuisine va au-delà de simplement bonne : elle relève de l'oeuvre d'art. Ce qui explique sans la personnalité de cette personnalité charismatique. Car, l'homme est agréable mais étrange, comme décalé face à l'époque qui l'a vu naître et grandir. Précurseur du bio, il explique dans Un Chemin de Fleurs et d'Epines qui il est, le pourquoi du comment de son cheminement. Et cela permet de comprendre bien des situations et des faits en apparences pas si simples.

Bref, une autobiographie indispensable !

Éditeur : Michel Lafon - Date de parution : 27 avril 2017 - Prix : 18,95 € - 299 pages.

f t g m