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HAVREFER - Tome 1 : Le Héraut de la tempête écrit par Richard Ford

 « Capitale portuaire des États libres, Havrefer était jadis un symbole de puissance. Mais le roi est parti en guerre et la ville pourrit de l’intérieur. Profitant de la fragilité du pouvoir, le seigneur de guerre Amon Tugha approche. Son héraut s’est infiltré dans la cité pour recruter une pègre redoutable, tandis qu’un mystérieux sorcier terrorise la population en commettant d’atroces sacrifices.

Alors que l’ombre du chaos se profile, un groupe inattendu se forme : un mercenaire, une jeune mendiante, un apprenti magicien, une princesse et un assassin vont s’allier ou s’affronter au sein des murs de la cité… sans savoir encore que chacun d’eux a un rôle-clé à jouer dans le destin de Havrefer, qui s’annonce sanglant.»


…qui s’annonce sanglant ? Et bien ce résumé est à la fois inexact et bien en deçà de la vérité !

Violence, Gore, Trahison, Loyauté, Sexe (un petit peu), Amitiés, Secrets… et j’en passe ! En fait ce livre nous livre (ah ah ah) toutes les facettes de l’être humain et ce, sur un plateau d’argent.

 

Ensuite et si je peux me permettre de rectifier le résumé ci-dessus, ce n’est pas un groupe à proprement parler mais plutôt des vies qui se croisent et s’entremêlent. Imaginez un labyrinthe dont les murs bougent sans cesse, se rejoignant ou s’éloignant, soumis au bon vouloir du destin. Un entrelacs de toile d’existences qui se frôlent ou se confrontent, comme nous même, à chaque fois que nous croisons des gens qui sans le savoir donne une direction à notre vie.

 

Avant de revenir sur le fond, je vais m’attacher à vous parler (métaphoriquement s’entend) de la forme. De prime abord, j’ai été frappé par le caractère immersif du récit. Rick (oui, c’est comme que j’appelle Richard Ford quand on dine ensemble… Enfin, quand on dinera ensemble.) a su décrire une ville à la fois dans ce qu’elle a de grandiose et dans ce qu’elle a de décadent. On passe aisément et sans anicroches aucune des rues constellées d’excréments aux couloirs immaculés, de la famine à l’opulence, du vice à la vertu. J’ai à chaque fois été aspiré bien malgré moi pour me retrouver au milieu d’une ruelle malodorante, à éviter de marcher dans les déjections humaines de toutes sortes, mes sens aux aguets lorsque j’entendais une caricature de gouttière goutter ici, je remarquais des lambris de bois pourris là, ou bien encore j’entendais les murmures dans les ombres à la faveur de la nuit. Puis au caprice de l’auteur (sacré Ricky) j’arpentais les rues de la couronne, bardées de villa cossues, ou j’écoutais les chuchotements studieux des apprentis de la tour des magisters potassant leurs ouvrage de malégie (alors la malégie, c’est comme la magie sauf qu’elle fait mal ! C’est vachement plus classe quand même). Bref, grâce au talent de Richard Ford et Olivier Debernard (le traducteur) j’ai vraiment pu arpenter les méandres de Havrefer comme un touriste émerveillé.

 

Vous l’aurez sans doute remarqué, mais Havrefer est une ville immense et elle offre tout un panel de décors et de sensations différentes, les rues mal famées et les salles somptueuses ne sont pas les seuls environnements que vous explorerez au fil des chapitres. Les marchés, les tavernes, les quais, les sous sols, les vues imprenables sont légions et la virtuosité ici est de nous les offrir sans nous écœurer. L’ambiance même de la cité va changer au fur et à mesure des pages, la guerre se rapprochant inéluctablement et avec elle, la tension d’un siège qui s’annonce difficile. On sent la verve et l’envie de l’auteur de nous emmener avec lui dans sa vision d’une cité médiévale cohérente et riche et pour ma part, je n’ai qu’une seule chose à dire : Pari gagné.

 

Si l’univers est riche, les personnages ne sont pas en reste ! Chacun d’eux possède une riche histoire et une personnalité tout aussi fournie. Nobul, Loque, Waylian, Janessa, Rivière, Merrick et Kaira. Ils sont tous très attachant dans ce qu’ils ont d’imparfaits, dans leurs défauts autant que dans leurs qualités, si je résumais je dirais qu’ils sont attachants d’humanité. Quand l’un sera un père violents hanté par son passé de mercenaire, l’autre sera un pickpocket de talent aspirant à une vie meilleure, ne serait-ce même que décente. Quand l’une sera psychorigide et droite comme la justice, l’autre, un malandrin arnaqueur lui montrera qu’il y a un autre chemin et chacun déteindra sur l’autre de manière significative. Et ce ne sont pas que les différences qui les rapprochent. Leurs points communs leur permettra aussi d’évoluer de concert et de trouver chez l’autre, l’écho de leur âme. A l’image de la princesse, pétrie de devoir envers son peuple et l’assassin, formé depuis sa plus tendre enfance par un « Père » à qui il doit une obéissance totale et à qui il voue un amour sans limite. Chacun se retrouvera en l’autre et bien évidemment un amour en résultera…

 

C’est leur perfectibilité qui les rendra cohérent et réaliste. Leurs doutes et leurs craintes les pousseront à prendre une route sombre pour les uns, vertueuse pour les autres, mais à Havrefer les choses ne sont pas forcément ce qu’elles paraissent et bien mal en prendra à qui pourra prédire ce qu’il résultera dans l’avenir de tel ou tel choix. La capacité des personnages à évoluer est primordiale dans un livre, néanmoins c’est parfois cousu de fil blanc ou alors dû à des deus ex machina tellement tiré par les cheveux qu’on finit comme Yul Brynner… Loin s’en faut dans Havrefer, les cheminements intellectuels et psychologiques tiennent bien la route et on prend à la fois du plaisir et de l’intérêt à suivre les pérégrinations de chacun d’eux. Sincèrement, il n’en est aucun pour lequel j’ai rechigné à lire ni eu envie de sauter quelques lignes. Et si aucun ne se démarque particulièrement, c’est parce qu’ils se démarquent tous si vous voyez ce que je veux dire. Ils sont tous délicieusement fantastiques et j’exagère à peine.

 

Chaque « chapitre » est centré sur l’un d’eux et à l’image de petites planètes, une foule de personnages secondaires gravitent autour d’eux et croyez moi sur parole, ils sont d’une extrême efficacité tant pour mettre en valeur le personnage en question que de manière individuelle. Ils permettent notamment de tracer à la fois une trame de fond de l’environnement de Havrefer à l’instant T de l’action et une trame qui préfigure ce qu’il va se passer dans l’avenir de cette saga épique.

 

Dans ces pages se côtoient à la fois la lie de Havrefer (meurtriers, violeurs, arnaqueurs, etc.) et la plus vertueuse des engeances (héros en devenir, sens moral irréprochable, etc.) et bien souvent les limites ne sont pas claires. Un peu comme moi quand je décide de faire un régime et que le pain au raisin de mes fils me fait de l’œil. Et puis de toute façon, trop de sucres c’est mauvais… pour eux…

C’est le caractère profondément humain et le la cohérence de cet univers qui font de ce livre un incontournable. Les puissants ont peur, ils ont quelque chose à perdre. Les va-nu-pieds sont prêts à tout et n’accorde de crédit qu’à leur personne. Tout le monde recherche le pouvoir à différents niveaux et c’est cette similitude avec notre propre univers qui nous mène au cœur de Havrefer.

 

Si vous n’avez toujours pas compris, j’ai adoré Havrefer et j’attends avec impatience la suite. Comme à chaque fois que je lis un premier tome que je trouve particulièrement agréable, la peur m’étreint de ne pas voir l’alchimie opérer de nouveau mais dans le cas présent, je ne me fais pas beaucoup de souci.

 

Filez l’acheter ! Allez ! Et si jamais, prenez d’assaut la maison mère de Bragelonne. Quand on édite de bons livres, on se doit d’assumer !

Éditeur : Bragelonne – Date de parution : 18 Mars 2015 – 480 pages - Prix : 22€

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