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Le chant du converti écrit par Sebastian Rotella

Tout recommencer à Buenos Aires...

 

Valentin Pescatore se remet peu à peu de sa rupture avec Isabel et de son éviction de la police des frontières des États-Unis. Il travaille en Argentine, terre d'une partie de ses ancêtres, comme agent de sécurité pour le trouble Facundo, un juif argentin entretenant de nombreux contacts dans le monde occulte des services de renseignements, israélien, entre autres.

Le hasard (mais est-ce bien le hasard ?) le met en présence de Raymond, son ami d'enfance, son quasi frère, qui est lui tombé du côté obscur de la force, dealer, petit délinquant, un peu chanteur, un peu escroc. Raymond lui assure en avoir fini avec ces pratiques, s'être converti à l'Islam et avoir fondé une famille. Quelques jours plus tard, un terrible attentat détruit un centre commercial juif de Buenos Aires, causant des centaines de morts et de blessés. Valentin est rapidement embarqué par la police argentine, une communication suspecte a été interceptée sur son portable. Le seul qui possède ce numéro est son ancien ami Raymond et Valentin a toutes les peines du monde à s'extirper des pattes des flics.

Il ne lui reste plus qu'à prendre part à l'enquête en compagnie des agents secrets américains, français, argentins et à se lancer dans la traque du leader d’un réseau islamiste radical, des jungles d’Amérique du Sud aux rues de Paris et de Bagdad.

Quel roman ! Haletant de bout en bout, profondément humain avec ces personnages aux prises avec leurs contradictions et leurs faiblesses, qui combattent d’autres hommes, en se débattant avec les enjeux de systèmes politiques dont les méthodes pour combattre les terroristes sont pour le moins ambiguës parfois. L’écriture est sèche, précise, incisive, et c’est sa froideur même qui donne profondeur et humanité aux protagonistes. L’auteur connaît parfaitement le milieu dont il parle et cela se sent. En effet, Sebastian Rotella, grand reporter, vit aux États-Unis et est un spécialiste des questions de terrorisme international, de crime organisé, de sécurité et d’immigration. Il a été finaliste du prix Pulitzer en 2006 pour ses reportages internationaux.

La description des trafics, des relations entre mafias et djihadistes est d’une redoutable précision, mais Sebastian Rotella a l’intelligence de la distiller au fil de son histoire, sans jamais nuire à l’intrigue et au suspense, parce que le lecteur découvre le contexte politique, les sombres réalités économiques par les yeux de ses personnages. Il nous guide au travers de cet univers où narcotrafiquants et djihadistes s’allient contre leur ennemi commun : les états occidentaux.

La grande réussite de ce roman tient également dans le personnage de Raymond, le "méchant" de l’histoire ; hâbleur, extraverti, séducteur, manipulateur, agent triple, capable de tout – et même parfois du meilleur, le lecteur, comme le héros Valentino, ne sait trop quoi penser du personnage, et ne parvient pas à le détester vraiment ; quoique…

Terriblement d’actualité, Le chant du converti fait froid dans le dos et ressemble plus à un docu-fiction qu’à une fiction pure, hélas !

Titre original : The convert’s song - Éditeur : 10 / 18- Collection : Domaine Policier - Dare de parution : 15 octobre 2015 - 403 pages - Prix 8,40 €.

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