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Visite du chantier des fouilles paléontologiques d’Angeac-Charente

En complément de l’exposition Dinosaures, les géants du vignoble, présentée au Musée d’Angoulême, et de l’exposition Mimo sur les traces des dinosaures : dans les pas du dessinateur Mazan à la Cité de la Bande Dessinée, je suis allée visiter le chantier des fouilles paléontologiques d’Angeac-Charente.

A la fin de la période du Jurassique, la mer se retire progressivement, laissant de grandes lagunes salées. Un climat tropical s’installe alors, et perdure pendant tout le Crétacé inférieur, il y a environ 130 millions d’années. La géographie des continents n’est pas alors celle que nous connaissons aujourd’hui. Les terres qui constitueront le continent européen, se présentent sous la forme d’un gigantesque archipel bordé par l’océan Thétis au sud.
Puis, au Crétacé supérieur, la mer recouvre à nouveau les terres avant de se retirer définitivement à la fin du Mésozoïque, il y a 65 millions d’années.
C’est au Crétacé inférieur que se situe la période qui intéresse les chercheurs sur le site d’Angeac, car c’est celle qui correspond à la présence des dinosaures sur le site. La lagune d’Angeac-Charente était, à cette époque, située non loin de la mer et habitée par une faune principalement constituée de dinosaures, de tortues et de crocodiles.

Les couches correspondant à la présence des dinosaures sont enfouies très profondément dans la couche terrestre et en général totalement inaccessibles. Mais, quand les plaques tectoniques se sont mises à bouger pour créer l’Océan Atlantique et la chaîne des Pyrénées, des plissements annexes se sont produits et ont permis de remonter des couches du Crétacé quasiment à la surface. La Charente, en creusant son lit, et l’érosion pendant des milliers d’années, ont fait affleurer ces couches, et quelques coups de pelleteuse ont suffi pour découvrir le fabuleux gisement.
Quelques os isolés avaient bien été trouvés en 2008, mais c’est en 2010 que les premiers os de dinosaures sont repérés par un ouvrier d’une carrière. Le Musée d’Angoulême est aussitôt prévenu, et les propriétaires de la carrière, Jean-Marie Audoin et ses fils, conscients de l’importance de la découverte, autorisent les scientifiques à venir étudier le site et en assurer la protection.
La première campagne de fouilles peut commencer ! Elle sera suivie de beaucoup d’autres, à raison d’une chaque été. Le reste de l’année le site est sous l’eau, et ainsi inaccessible, et les chercheurs en profitent pour étudier tout ce qui a été trouvé pendant le mois de campagne.

Très vite l’engouement pour le site a été immense, tant auprès des chercheurs que du grand public. De nombreuses personnes, étudiants, chercheurs, ou simples amateurs, ont souhaité participer aux fouilles, et aujourd’hui les demandes dépassent largement les possibilités du site. Aussi des visites ont été organisées pour permettre au plus grand nombre de découvrir le site et de voir comment se déroule une campagne de fouilles.

C’est dans ce cadre, qu’accompagnée par le dessinateur Mazan qui venait de me faire visiter l'exposition qui lui est consacrée au Musée de la BD, j’ai eu le plaisir de visiter ce chantier, et de rencontrer Ronan Allain qui, avec Jean-François Tournepiche, supervise les fouilles.

Au mois de juin le site est préparé pour la campagne de fouilles : des pompes évacuent l’eau pour découvrir la zone qui va être fouillée. Toute une logistique est mise en place : installation de tentes pour le travail des fouilleurs, des zones laboratoire, triage, nettoyage. L’entreprise Audouin participe largement aux campagnes en fournissant le matériel pour préparer le terrain. La municipalité d’Angeac, le département de la Charente fournissent l’hébergement des fouilleurs. Le Musée d’Angoulême et le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris soutiennent également le projet. Des chercheurs de plusieurs pays sont présents, des étudiants, des doctorants participent au chantier.

La partie à fouiller est protégée du soleil et les équipes se relaient pour passer la zone au peigne fin. A l’aide de truelles, et d’autres ustensiles, souvent très petits, tout est examiné et soigneusement extrait et regroupé dans des bacs qui vont être apportés aux équipes chargées du triage et du nettoyage. A l’aide de brosses, de stylets, chaque fossile trouvé va être nettoyé et identifié. Tout le reste est également passé sous l’eau et tamisé pour récupérer des fragments parfois minuscules mais qui constituent une pièce du puzzle gigantesque que constitue le site.
Des centaines de pièces ont été extraites chaque année, et des découvertes fabuleuses ont été réalisées : dents et vertèbres de sauropodes, dents et carapaces de tortues, dents, écailles, et museaux de crocodiles. Et aussi des arbres fossilisés, dont un de plus de 10 m de long, qui dort maintenant sous l’eau, ne pouvant être exposé à l’air et la lumière.

Plusieurs types de dinosaures ont été identifiés sur le site d’Angeac. Les deux plus emblématiques du site sont un turiasaurus, sauropode gigantesque dont le fémur de 2,20 mètres est actuellement exposé au Musée d’Angoulême, et un troupeau d’ ornithomimosaurus (mis à l’honneur par Mazan dans ses albums Mimo). On a également retrouvé de nombreux fossiles de crocodiles et de tortues, de diverses espèces, attestant de leur présence dans la zone lagunaire.

Tout ce matériel méritait d’être mis à l’honneur. C’est le cas cette année avec une magnifique exposition au Musée d’Angoulême, Dinosaures, les géants du vignoble. Cette exposition partira ensuite pour Paris où elle sera exposée au Muséum d’Histoire Naturelle en 2018.

La Cité de la BD a également mis les dinosaures en avant avec l’exposition consacrée aux travaux de Mazan sur ses albums Mimo et sur ses carnets des chantiers de fouilles, puisqu’il est le dessinateur scientifique des fouilles depuis le tout début.

Photos de la visite du site

Présentation de l'expo Mazan au Musée de la BD

Présentation des 2 albums : Mimo I et Mimo II

Présentation de l'expo Dinosaures

Si vous avez l’occasion de venir en Charente, du côté d’Angoulême, pendant l’été, celui-ci ou les années prochaines, ne manquez surtout pas cette visite absolument passionnante que je vous conseille vivement...
Et si vous n’arrivez pas à avoir des places cette année pour la visite, pensez-y dès le mois de juin l’an prochain, je vous garantis que ça vaut le coup !

Chantier de fouilles paléontologiques : Les Rentes de Rivière 16120 Angeac-Charente
Du 10 au 30 juillet 2017 – Visites tous les jours – 5 visites par jour - Gratuit - Réservation obligatoire auprès des Offices de Tourisme du Pays de Cognac – Tél : 05 42 82 10 71

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