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Une voix dans l'ombre écrit par Andrea Camilleri

.Lorsque pouvoir politique et mafia s'unissent dans le crime, Montalbano dépasse ses limites.

Né en 1925, Andrea Camilleri est l'auteur d'une soixantaine de romans et de divers recueils de poèmes et de nouvelles, traduits dans plus de 30 langues. Récompensé par de nombreux prix littéraires, il est particulièrement connu du public pour ses romans dédiés aux enquêtes du commissaire Montalbano, adaptés en une série TV diffusée l'été sur France 3.

Rude journée pour le commissaire Montalbano : d'abord agressé dans sa cuisine par un poulpe haineux, il l'est ensuite dans sa voiture, à coups de clé à molette, par un jeune chauffard. Étrange coïncidence, la compagne de son agresseur est retrouvée assassinée peu après. Pendant ce temps, un directeur de supermarché est victime d'un cambriolage, mais ce dernier paraît surtout terrorisé par la possible réaction de ses propriétaires - en l'occurrence la mafia. Derrière ces deux affaires que rien ne réunit, de puissants hommes politiques semblent vouloir la peau du Maigret sicilien. Malgré l'aide de toute la tribu du commissariat de Vigàta, et celle d'une mystérieuse voix dans la nuit, Montalbano parviendra-t-il à venir à bout des pièges qu’on lui tend et à faire surgir la vérité ?

Ce polar très singulier nous transporte dès les premières pages en Sicile. Il faudra un petit temps d'adaptation au style de l'auteur, volontairement conservé par le traducteur, qui peut rendre la lecture moins aisée et en décourager certains. En effet, on assiste à des changements de mots français, avec ajouts de voyelles, changement, ou élisions, avec un style parlé très particulier, comme pour un patois qu'il aurait essayé de transposer en français du mieux qu'il pouvait. Au bout de quelques chapitres on s'y fait et on peut se plonger entièrement dans le récit. Le style de l'auteur est vif et percutant, grâce essentiellement à des dialogues retranscrits et des descriptions brèves, le lecteur se retrouve bel et bien au cœur de l'action. Tout au long de l'intrigue on va donc suivre le commissaire dans son enquête. Il a 58 ans il est expérimenté et donc... nous aussi, on aime se laisser entraîner et deviner avec lui.

Pour ce récit sur fond de magouilles, de mafia, meurtres vol et investigations vont ravir les fans du genre. Les personnages sont intéressants, tous différent, aux personnalités particulières qui engendrent des relations très bien décrites et parfois cocasses. Entre l'agent un peu simplet, la fiancée légèrement parano et tous les autres protagonistes qui animent le récit, on se régale. L'auteur, qui n'en est pas à son coup d'essai, mais qui au contraire fait preuve de beaucoup d'expérience, signe ici un polar vraiment très singulier mais à la trame classique qui nous permet de passer vraiment un très bon moment de lecture.

Dépaysement, humour à gogo, font de ce polar un roman de qualité. On avalerait presque ses 256 pages d'une seule traite. Ce tome peut bien sûr être lu indépendamment des autres enquêtes du commissaire Montalbano sans perte de saveur.

Je ne peux donc que vous le conseiller et vous laisse, pour terminer, un petit extrait afin de vous montrer le style au combien singulier de cet auteur :

« - Le commissaire Montalbano, je suis.

- Graziella Cusumano, je m'appelle.

- Dites-moi comment vous avez découvert...

- Nous autres, on vient ici chaque soir à neuf heures. On frappe à la porte de derrière et le directeur vient nous ouvrir. Mais ce soir, on a tapé et retapé, on a vu pirsonne.

- C'était déjà arrivé ?

- Oh que non, jamais.

- Continuez.

- Alors, on pinsa que peut-être le directeur était parti chez lui, peut-être qu'il se sentait pas bien pour l'histoire du cambriolage et moi...

- Et qui vous en a parrlé, du cambriolage ?

- Mais commissaire, tout le monde le sait, dans le pays ! Et moi, je lui tiliphonai sur le portable. Mais j'eus pas de réponse. Ca m'a paru bizarre. Vire tourne, j'ai décidé d'appeler la société et j'expliquai tout à Filippo Tridicino, qui est un mien parent de loin. Au bout d'un moment, Filippo arriva avec les clés et ouvrit. Filumena, qui est chargée du ménage dans le bureau du directeur, y est allée. Elle l'a vu accroché et elle est tombée par terre, évanouie. Alors je vous ai tiliphoné. »

Éditeur : Fleuve Éditions - Traduit de l'Italien par Serge Quadruppani - 256 pages - Prix : 20 € - Date de parution : 08 juin 2017.

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