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Cher Monsieur M. écrit par Herman Koch

Notre histoire commence avec des lettres qu’Herman écrit chaque jour à son voisin, M., un écrivain star sur le déclin, dont le succès n'est plus tellement au rendez-vous, et qui vit avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Herman décrit dans ses missives acides toute l'aversion qu'il a pour le métier de M., pour sa propre personne également, et construit autour de ce personnage plusieurs histoires qui se tissent rapidement entre elles. Mais d'où vient cette fixation d’Herman pour M. ? Que sait-il vraiment ? C’est ce que vous découvrirez en lisant ce thriller psychologique intense.

Ce livre m'a d'abord fait éclater de rire dès les toutes premières pages. En effet, alors que je lisais les premières lettres envoyées par Herman à son voisin, l'intrigue m’a alors évoqué un mélange sympathique et acidulé entre Fenêtre sur cour de William Irish en version comique, et un humour à la Jonas Jonasson (Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire), ou encore Catharina Ingelman-Sundberg (Comment braquer une banque sans perdre son dentier). De la belle littérature satirique, remplie d’humour noir et de critiques en tous genres. Un voisin en apparence aigri, qui guette et analyse les moindres faits et gestes de M., alors que celui-ci tente de renouer avec le succès qu’il a connu avec quelques-uns de ses livres…

Cela s'annonçait drôlement intéressant et annonçait une belle chronique à venir, pleine de points positifs et de compliments, si toutefois le livre continuait ainsi et ne changeait pas soudain de cap ! Mais justement…plus l’histoire avançait, plus l’on découvrait un Herman différent, tout au long de sa vie. Cet homme sait clairement des choses sur le passé de M., et c’est précisément là tout le rôle de ce thriller psychologique : nous conduire sur le chemin de la vérité, lentement, presque sadiquement, jusqu’à la dernière page et la révélation ultime. L’inconvénient des 456 pages de Cher Monsieur M. est tout de même que les histoires s’affrontent, s’entrechoquent et parfois s’entremêlent pour former, lorsqu’on arrive en milieu de lecture, un gros sac de nœuds dont le lecteur ne va peut-être pas pouvoir se dépêtrer aussi facilement. Puis, peu à peu, alors qu’on arrive au dernier quart du livre, tout devient un peu plus clair, et soudain, c’est même limpide comme de l’eau de roche, une fois le dernier quart vraiment entamé. Alors, un conseil pour vous, chers lecteurs : ce livre, parcourez-le de fond en comble, jusqu’à la fin, du premier jusqu’au dernier mot. Car ce qui est génial dans Cher Monsieur M., c’est que chaque prénom, chaque mot, chaque action a son importance, sa signification propre, afin que tout soit compris entièrement, et comme il se doit par le lecteur. Il n'y a finalement aucun passage inutile, pas de descriptions trop longues ni d’actions trop étalées dans le récit. Cerise sur le gâteau, la fin est magnifique, digne d’un thriller psychologique digne de ce nom, et le titre de l’œuvre d’Herman Koch prend alors tout son sens alors qu’on atteint les dernières pages du roman.

Certes, j'en conviens, il faut s'accrocher, aimer les effets Inception (une histoire dans une histoire dans une histoire, une critique de la littérature dans un roman littéraire), mais le récit d'Herman Koch est bien mené, bien ficelé, et sa critique amère de la littérature Néerlandaise ravira les spécialistes du genre. Précipitez-vous donc sur cette pépite venue tout droit des Pays-Bas. Ce n'est pas une lecture commune, cette œuvre est plutôt réservée aux initiés à la « littérature qui critique la littérature », mais elle vaut tout de même le détour. Pour tout cela, Cher Monsieur M. est une histoire qui vous prend aux tripes et qui vous confirmera les expressions suivantes : « les apparences sont trompeuses », ou encore « l'habit de fait pas le moine… mais il y contribue ».

Éditeur : 10/18 - Date de parution : 01 juin 2017 - Prix : 8,44 € - 456 pages - Traduit du Néerlandais par Isabelle Rosselin.

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