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The Curse écrit par Marie Rutkoski

Régulièrement classée dans les listes des best-sellers du New York Times, Marie Rutkoski entame avec The Curse sa troisième série – toutes trois multi-récompensées, notamment par le Bank Street Best Children's Book of the Year, un prix centenaire. Née dans la banlieue de Chicago, l'aînée de quatre enfants, elle a suivi les cours de creative writing du prix Pulitzer James Alan McPherson à l'université de l'Iowa. Elle a ensuite vécu à Moscou et à Prague. Après une thèse à l'université de Harvard, elle y a donné des cours de littérature angloaméricaine et d'histoire. Spécialiste de Shakespeare, elle est actuellement professeur au Brooklyn College, où elle enseigne trois domaines : le théâtre à la Renaissance, la littérature jeunesse et l'écriture. Elle vit à New York avec son mari et ses deux enfants.

Fille du plus célèbre général d'un empire conquérant, Kestrel n'a que deux choix devant elle : s'enrôler dans l'armée ou se marier. Mais à dix-sept ans à peine, elle n'est pas prête à se fermer ainsi tous les horizons. Un jour, au marché, elle cède à une impulsion et acquiert pour une petite fortune un esclave rebelle à qui elle espère éviter la mort. Bientôt, toute la ville ne parle plus que de son coup de folie. Kestrel vient de succomber à la " malédiction du vainqueur " : celui qui remporte une enchère achète forcément pour un prix trop élevé l'objet de sa convoitise. Elle ignore encore qu'elle est loin, bien loin, d'avoir fini de payer son geste. Joueuse hors pair, stratège confirmée, elle a la réputation de toujours savoir quand on lui ment. Elle croit donc deviner une partie du passé tourmenté de l'esclave, Arin, et comprend qu'il n'est pas qui il paraît... Mais ce qu'elle soupçonne n'est qu'une infime partie de la vérité, une vérité qui pourrait bien lui coûter la vie, à elle et à tout son entourage. Gagner sera-t-il pour elle la pire des malédictions ? Jeux de pouvoir, coups de bluff et pièges insidieux : dans un monde nouveau, né de l'imagination d'une auteure unanimement saluée pour son talent, deux jeunes gens que tout oppose se livrent à une partie de poker menteur qui pourrait bien décider de la destinée de tout un peuple.

Voici un roman surprenant. Il va m’être très difficile d’en parler sans tout révéler. Je vais devoir me censurer.

Dix ans après la conquête et l’asservissement d’un peuple pacifique doué pour le commerce et les arts, la fille du héros de guerre, Kestrel se voit entraîner par sa meilleure amie jusqu’au marché aux esclaves. Là, elle découvre un jeune forgeron maltraité qui, selon le négociant, aurait un don pour le chant. Il touche sa corde sensible quand il ose se rebeller et refuse de laisser entendre sa voix à l’assemblée d’acheteurs potentiels en prononçant un « Non » parfaitement audible par tout l’auditoire. Elle commence donc à enchérir sur le jeune homme alors que sa désobéissance venait de lui faire perdre toute valeur aux yeux des clients. Mais sa mise attire l’attention. Après tout, la fille du Général est connue pour ne jamais se rendre au marché aux esclaves et pour avoir libéré sa nourrice, ce qui constitue un fait rarissime dans la société dans laquelle elle a grandi. Son intérêt pour le jeune homme la pousse à surenchérir. Kestrel l’emporte, mais elle a payé pour obtenir le forgeron au prix fort, au sens propre comme au figuré, subissant ainsi la malédiction du vainqueur.

Que fera-t-elle faire de lui ? Quelles tâches peut-elle confier à cet homme ? Et comment réagira son ancienne nourrice, la femme qui l’a élevée et à qui elle a rendu sa liberté dès qu’elle a pu, lorsqu’elle apprendra que Kestrel a pris part au système et pris un esclave ?

Peu à peu, on découvre ce monde où les peuples s’opposent. D’un côté, nous avons une société qui me fait fortement penser aux spartiates. Il voue un culte aux disciplines martiales. Les jeunes femmes n’ont que deux choix possibles, sans avoir d’alternatives : à vingt ans, elles doivent opter entre se marier, avec un bon parti dans le cas de notre héroïne, ou s’engager dans l’armée. De l’autre, il y a un peuple cultivé, maîtrisant les arts, notamment ceux de la poésie et de la musique. Ils sont réduits à l’esclavage depuis que le père de notre personnage principal sous les ordres de l’Empereur a pris le contrôle de leur territoire. Mais Kestrel navigue entre les deux, elle a toujours été douée en stratégie militaire, au point que le « Général » la presse afin qu’elle choisisse la voie d’armes dès maintenant, après tout attendre ne serait qu’une perte de temps. Mais elle déteste l’idée d’ôter la vie et se battre. Plus que tout, elle aime jouer du piano, une honte pour son peuple, mais elle ne peut s’en passer. L’un de ses amis d’enfance lui promet de la laisser continuer à pratiquer sur l’instrument si elle acceptait de l’épouser. Kestrel, habituée aux courbettes faites dans sa société, pense qu’il joue de son charme de manière aussi légère qu’avec les autres femmes. Mais, pour nous, lectrices, les intentions du jeune homme nous apparaissent limpides, il est amoureux et prêt à tout pour elle. Mais ce n’est pas son cas à elle et elle s’agace de plus en plus de ses attentions, car elle pense qu’il reproduit les mêmes courbettes polies avec toutes les femmes. Lorsqu’elle prend conscience du sérieux de son comportement, elle redoute les tête-à-tête bien qu’elle l’ait pourtant toujours appréciée. Cependant, on s’interroge sur sa future décision, car après négociation, elle a obtenu de son père qu’il la laisse tranquille et joué de son instrument si et seulement si elle annonçait son choix avant le printemps. Acceptera-t-elle un mariage arrangé avec un homme basé sur une simple amitié ou restera-t-elle fière et honnête jusqu’au bout en prenant la voie des armes bien que cela signifie qu’elle doive renoncer à la musique ?

Arin, le forgeron, intrigue Kestrel. Celui-ci comprend et parle parfaitement sa langue, il sait monter à cheval et semble cacher beaucoup de choses. Elle le suspecte d’avoir eu une vie identique à la sienne avant de devenir un esclave et se demande même s’il n’a pas vécu dans sa villa. Elle trouve la compagnie du jeune forgeron rafraîchissante. Il n’hésite pas à se montrer franc avec elle, mais la « bonne société » remarque très vite qu’elle ne se fait plus escorter que par lui. La rumeur enfle de plus en plus. Et après avoir empêché qu’il ne batte son esclave, elle se retrouve en situation délicate. Elle va jusqu’à affronter en duel un noble arrogant qui les recevait ce soir-là et qui n’attendait qu’une excuse pour s’en prendre à Kestrel. Arin venait de tenter de voler un livre dans la bibliothèque qui fut la sienne quand il était enfant.

Là, le Général découvre l’ampleur des relations qui unissent sa fille à l’esclave et menace celui-ci s’il tente de s’approcher à nouveau d’elle. Kestrel ne veut pas renoncer à l’amitié qu’elle a construite avec le jeune homme et brave l’interdiction lorsque celui-ci part avec ses troupes, cependant tout bascule…

Ce roman est très riche. L’auteur a su créer un univers très complet, foisonnant de détails et qui m’a totalement emporté. Vraiment, chaque description m’a fait rêver. Je n’ai eu aucun mal à imaginer ce monde antique plein de couleurs. Grande fan de jeu de société, « Crocs et venins » a éveillé ma curiosité, je me demande si l’auteur en a rédigé les règles et j’aurais aimé les retrouver, à la façon d’une annexe. Il s’agit d’un divertissement auquel tous s’adonnent, aussi bien à la taverne que lors des événements organisés par les nobles. Un point commun partageait par toute la population et qui rapprochera Kestrel d’Arin.

Dès la scène des enchères, on comprend que quelque chose se trame, on en a vite la confirmation.

J’aimerais en dire tellement plus sur le thème de la malédiction du vainqueur, mais impossible sans tout révéler de l’intrigue du roman. Celle-ci est présente dans ce roman du début à la fin. Cette théorie est d’ailleurs très bien expliquée dans les remerciements. Je me contenterai donc de vous encourager à découvrir ce tome 1. Quant à moi, mon premier réflexe en posant le livre à la fin de ma lecture fut de vérifier s’il y avait une suite. Tout aurait pu finir sur le dernier paragraphe, cela ne m’aurait pas choqué malgré le sentiment de frustration de ne pas en avoir plus. Mais l’ultime phrase laissait planer un doute. Je suis ravie, car ce n’est pas un, mais deux autres tomes que l’auteur a écrits et j’ai vraiment hâte qu’ils soient traduits pour pouvoir les dévorer !! J’hésite même à les prendre en anglais pour ne pas attendre. Un nouveau COUP DE CŒUR pour moi et pour vous aussi je l’espère. Je serais ravie de discuter discrètement de la malédiction du vainqueur avec celles et ceux qui auront lu le roman.

Éditeur Lumen - Date de parution : 16 février 2017 - Prix : 9,99€ format numérique ; 15,00€ format papier – 464 pages.

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