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24 heures de la vie d’une femme mis en scène par Franck Berthier au Théâtre La Bruyère (Paris)

Une femme, récemment veuve, se jette corps et âme dans une passion dévorante pour un jeune homme fou de jeu qui vient de tout perdre au casino. Elle nous raconte cette passion fulgurante et inoubliable, cette émotion crue qui se cache sous les masques, cette histoire intemporelle d’amour et d’abandon malgré les conventions sociales. L’adaptation en comédie musicale de l’œuvre de Stefan Zweig !

Le texte de Zweig est l’un de ses plus connus, l’un des plus adaptés, aussi, au théâtre comme au cinéma. L’écrivain est un formidable peintre de la nature humaine, et, dans ces 24 heures de la vie d’une femme, se trouve exprimé de la plus belle des façons son talent. Au soir de sa vie, une femme distinguée raconte à un presque inconnu la journée qui a bouleversé son existence : « Jamais encore, je n’avais vu un visage dans lequel la passion du jeu jaillissait si bestiale dans sa nudité effrontée... J’étais fascinée par ce visage qui, soudain, devint morne et éteint tandis que la boule se fixait sur un numéro : cet homme venait de tout perdre !... Il s’élança hors du Casino. Instinctivement, je le suivis… Commencèrent alors 24 heures qui allaient bouleverser mon destin ! »  La brève, folle, intense passion qui l’a dévorée pendant ces 24 heures a laissé une marque indélébile dans sa vie. Pari osé donc d’adapter à nouveau ce texte magnifique, bouleversant de vérité sur la nature humaine et l’exaltation qui peut embraser un cœur et un corps…

Pari d’autant plus osé qu’il s’agit là d’ajouter de la musique, et des chansons. Pari réussi toutefois ! L’intensité de l’écriture de Zweig est respectée, la mise en scène résolument dépouillée est remarquablement efficace.

Le compositeur Sergeï Dreznin a su rendre la fulgurance de la passion, l’abandon des corps et le dénuement de l’âme, servi, il est vrai, par d’excellents musiciens (piano, violoncelle, violon). Parlons enfin des interprètes, tous à la hauteur des rôles. Un seul bémol, en ce qui concerne Frederik Steenbrink : il n’a définitivement pas 24 ans, il n’est pas ce garçon au visage d’ange, dont la différence d’âge avec Mrs C. (qui en a 44) ajoute au scandale de la situation, dans ce milieu et à cette époque.

La prestation est de qualité, mais il lui manque peut-être la fulgurance de la jeunesse. Olivier Ruidavet, quant à lui, est parfait : comédien tout autant que chanteur, il habite avec conviction son rôle. Isabelle Georges est tout aussi remarquable, tour à tour rigide dans ses principes, épanouie dans son désir, passionnée dans l’abandon ; la voix et la gestuelle sont impeccables. Un très beau spectacle, à voir sans attendre ! Et pour ceux qui craindraient la chaleur parfois étouffante des salles Parisiennes, rassurez-vous : l’endroit est climatisé !

Raison de plus pour ne pas manquer cette superbe adaptation.

Du 01 juillet 2015 au 01 août 2015 - Théâtre La Bruyère : 5 rue La Bruyère 75009 Paris - Avec Isabelle Georges, Frederik Steenbrink et Olivier Ruidavet - Adaptation : Christine Khandjian et Stéphane Ly-Cuong - Du mardi au samedi à 20 h 30, le samedi à 17 h - Tarifs : 24 € (2e catégorie) et 28 € (1ère catégorie) - Réservations : 01 48 74 76 99 - Durée : 1 heure 15.

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